CASSANDRE FOURNET

Mon travail plastique s'articule autour de la peinture et du dessin. J'utilise principalement la peinture pour dessiner au vu de ma technique réaliste et de mon implication dans les détails.
Ce qui m'anime dans la peinture sur toile c'est le fait de penser mes réalisations perdurer dans le temps ; dans mes réalisations sur papier c'est tout le contraire, le coté éphémère de la matière déposée au fusain ou encore au crayon de papier comme si cela allait redevenir poussière me séduit. Ma pratique se dirige vers le paysage, un terme que je remplace régulièrement par lieu ou encore environnement. Je fais une différence entre le paysage et la nature, car finalement le paysage est une nature façonnée par la main de l'Homme mais aussi par son regard. Sans l'Homme le paysage n'existerait pas. J'aime penser que la nature est là où nous ne la regardons pas. Ce qui m’attire dans les paysages ce sont les formes (géométrique ou non), les revêtements sur certaines façades, mais aussi la lumière qui a une part très importante dans mon travail, les architectures modernes, les lieux abandonnés, les friches... Je m'intéresse énormément aux lieux que l'Homme a construits et qui, dans de nombreux cas finissent à l'abandon. La question de la ruine, de l'évolution d'un endroit m'anime, mais également l'histoire que celui-ci peut avoir.
L'ironie, voir le cocasse est plus ou moins visible dans mon travail et ce à des degrés différents.
J'aime comparer mes dessins/peintures à des panneaux de sortie de village.

Je travaille d'après mes propres photographies à l’exception d'une collaboration que j'ai pu faire avec Timothy Hannem, photographe et auteur de l'ouvrage Urbex. 50 lieux secrets et abandonnés en France.
Je réalise mes photographies qui sont pour moi des documents de travail, lors de marches, promenades, voyages... ou alors au hasard d'une simple « découverte ». Le hasard et l'obstination ont une part très importante. Il m'arrive de retourner plusieurs fois sur un même lieu afin d'avoir l'ombre parfaite que je recherche.

Il m’est arrivé de ressentir un certain sentiment de nostalgie envers des lieux que je représente et même pour le cas des lieux que je n'ai pas réellement vu comme le Parc du labyrinthe et Parc aquatique.

Dans différents projets la pratique du graffiti est représentée. Je ne prône pas à valoriser cet acte mais plutôt à déhiérarchiser chaque élément de la construction de ma peinture/dessin. Puisque cela se trouve sur la partie de mon document que j'ai sélectionné, alors celui-ci doit également figurer. Le graffiti par son coté éphémère rappelle la fragilité du lieu mais fait aussi écho aux changements constants : un changement qui se fait par le biais du vandalisme mais également par le temps (intempérie, années qui passent...). Les arbres sont des éléments récurrents, pour ne pas dire une obsession dans mon travail. Je fais en quelque sorte une métaphore à ce sujet. Les troncs représentent pour moi l'immeuble et les feuilles les habitants de celui-ci.

Je porte un certain intérêt à l'histoire des lieux, j'aime savoir ce qu'ils étaient et ce qu'ils vont devenir. Je fais énormément de recherches avant de me rendre sur un lieu mais aussi après. Certains lieux ont une histoire assez forte, notamment certains dessins en noir et blanc comme la Maison de l'Emploi qui a débuté sur une histoire plutôt ironique que je vais vous résumer ici : La maison de l'Emploi était l'ancienne usine Philipps de la ville d'Aubusson (23), une usine qui représentait réellement le noyau de la ville avec un peu plus de 300 employés. En 1987 l'usine ferma ses portes et licenciât près de 10% de la population de la ville. En 2008 la maison de l'emploi d'une ampleur plutôt conséquente se vit ouvrir pour une population de 3679 habitants. Ironie de l'histoire ? Hasard des choses ? Mon travail peut être très urbain avec des villes comme Paris ou encore Berlin, mais aussi beaucoup plus rural avec des villes comme Brive-la-Gaillarde, Châteaudun... Ce qui fait voyager le spectateur en se posant la question du « où est-ce ? » « Je crois connaître cet endroit... »

J'aime donner de l'importance à ce que les gens ne regardent pas ou ne prêtent pas attention, mais aussi donner comme une seconde vie à des lieux délaissés de l'Homme. J’estime faire cela en passant du temps à peindre et dessiner, et dans certains cas en intensifiant les couleurs. Il m'arrive de comparer ma pratique à celle d'un archéologue avec cette même obsession du détail, le fait d'observer sous toutes les coutures pour comprendre le fonctionnement, le vécu, ce qu'a pu subir le lieu au cours de son existence...